Tahar Larbi, défenseur des droits humains et président de la section d’El Abiodh Sidi Cheikh de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’Homme (LADDH), dissoute en 2022, a été arrêté le 18 septembre 2024. Il a été poursuivi dans deux affaires distinctes en raison de publications critiques sur les réseaux sociaux, notamment sur l’exploitation des ressources naturelles par des investisseurs étrangers et la répression politique en Algérie.

La première affaire concernait plusieurs publications partagées sur les réseaux sociaux en 2023, qui comprenaient des critiques non-violentes envers le gouvernement algérien et certaines pratiques de ressortissants étrangers préjudiciables à l’environnement. Larbi a notamment dénoncé l’exploitation des terres de la wilaya d’El Bayadh par les Qataris pour la chasse, alors que les citoyens de la région ont l’interdiction de faire paître leurs bêtes sur ces terres. Il a comparé ces investissements agricoles à une forme moderne de colonisation de la région. Il a également partagé plusieurs publications liées au soulèvement populaire du Hirak en 2019, à la répression, et aux accusations de trahison qui visaient certains citoyens algériens, incluant des caricatures politiques. Le 9 avril 2023, Larbi a émis des accusations sur le contrôle du sud d’El Bayadh par des intérêts étrangers. Il a partagé, le 11 avril 2023, un article historique sur les conflits internes du Front de la Libération Nationale (FLN).

Durant son interrogatoire du 8 avril 2023 par la police judiciaire, section cybercriminalité, de la sûreté de la daïra d’El Bayadh Sidi Cheikh, il a expliqué ses critiques à l’encontre de la présence des ressortissants du Golfe, dénonçant l’exploitation excessive de la région pour la pratique de la chasse, ainsi que la marginalisation systématique des éleveurs locaux. Il a également souligné l’absence d’infrastructures nécessaires, telles que la construction de puits pour le bétail, et dénoncé la politique de déplacement forcé permettant à des ressortissants du Golfe de pratiquer la chasse dans la région.

Lors de son interrogation par le procureur, Larbi a confirmé être l’auteur de ces publications. Il  a précisé que l’objectif de ses commentaires était de les diffuser au grand public pour enrichir le débat sur ces sujets. Il a notamment  indiqué qu’il n’avait aucune intention d’offenser qui que ce soit, et que ses publications reflétaient uniquement ses opinions personnelles. 

La deuxième affaire pour laquelle Larbi a été poursuvi concernait trois autres publications partagées sur les réseaux sociaux. Ces publications contestaient de manière humorisitique la légitimité de l’élection présidentielle algérienne du 7 septembre 2024.

Le 18 septembre 2024, lors de son interrogatoire devant le procureur, Larbi a affirmé que ses publications étaient humoristiques, qu’il ne visait aucune personnalité ni institution, et qu’il ne cherchait pas à inciter quinconque à adopter un certain type de comportement. Il a précisé que ces trois publications reflétaient uniquement son avis et opinions personnels.

Larbi a été inculpé pour « offense au président de la République » (article 144 bis du Code pénal), « atteinte à l’image des services de sécurité » (article 149 bis 21) et « affichage de publications nuisibles à l’intérêt national » (article 96).

Le 26 septembre 2024, il a été condamné en première instance à une peine cumulative de 15 ans de prison ferme et à une amende de 1,5 million de dinars. En appel, le 20 novembre 2024, sa peine a été réduite à quatre ans de prison ferme.

Son arrestation et sa condamnation en 2024 font suite à un ensemble d’affaires directement liées à l’exercice de ses droits fondamentaux, notamment son droit à la liberté d’opinion et d’expression et son droit à la liberté de réunion pacifique. Larbi a en effet déjà fait l’objet de plusieurs arrestations depuis 2001 pour son activisme.

Estimant que la détention de Larbi constitue une détention arbitraire dans la mesure où sa détention actuelle résulte de l’exercice pacifique de son droit à la liberté d’expression, MENA Rights Group a soumis son cas au Groupe de travail sur la détention arbitraire de l’ONU le 4 février 2025.

Le 11 novembre 2025, se basant sur la soumission de MENA Rights Group, le GTDA a adopté l’avis n° 65/2025 reconnaissant le caractère arbitraire de la détention de Tahar Larbi et demandant au gouvernement algérien de “prendre les mesures qui s’imposent pour remédier sans tarder à la situation”.

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