Jamila Loukil est journaliste à la retraite et défenseuse des droits humains. Avant la dissolution de l’organisation, elle était notamment membre de la Ligue algérienne des droits de l’Homme (LADDH). Elle et son mari, Kaddour Chouicha, ont été arrêté-es à plusieurs reprises au cours de ces dernières années. Ils ont notamment été traduit-es en justice le 21 décembre 2020 en première instance, puis le 2 juin 2021 en appel, pour participation à un rassemblement non autorisé et tentative de perturbation du meeting d’un candidat à l’élection présidentielle. Ils ont été acquitté-es dans les deux cas.
Le 28 avril 2021, Jamila Loukil et son mari ont été arrêté-es sans mandat alors qu’ils quittaient la cour d’appel d’Oran après avoir assisté à une audience dans le cadre de leur procès conjoint pour rassemblement non autorisé et perturbation d’un meeting d’un candidat à la présidentielle. Ils ont été tous deux conduit-es dans un commissariat pour y être interrogé-es.
Le 29 avril 2021, les défenseur-e-s des droits humains Kaddour Chouicha, Jamila Loukil et Said Boudour, ainsi que 12 autres militant.e.s pacifiques, ont été poursuivi-es pour des accusations liées au terrorisme.
Le procureur général d’Oran a notamment accusé Jamila Loukil et Kaddour Chouicha de complot contre la sécurité de l’État et d’avoir porté atteinte à l’intégrité du territoire national, de propagande susceptible de nuire à l’intérêt national, d’origine ou d’inspiration étrangère, et d’appartenance à une organisation terroriste ou subversive active à l’étranger ou en Algérie, sur la base des articles 77, 78, 87 bis, 87 bis 3, 87 bis 6 et 96 du Code pénal. Ils ont ensuite été remis en liberté provisoire le même jour.
En septembre 2021, leur dossier a été transféré au niveau du pôle anti-terroriste du tribunal de Sidi M’hamed à Alger.
Ils ont été entendu-es par le nouveau juge d’instruction à Alger le 7 septembre 2022 au tribunal de Sidi M’hamed. Ce jour-là, la chambre d’accusation du tribunal de Sidi M’hamed a retiré l’accusation d’atteinte à la sécurité de l’État tout en maintenant les autres chefs.
En août 2022, Kaddour Chouicha a été empêché de prendre son vol pour accompagner Jamila Loukil qui devait se rendre à Genève afin de participer en personne à la pré-session d’information organisée par l’ONG UPR-Info sur l’Algérie prévue le 31 août 2022. Cette réunion a eu lieu en prévision du 4e cycle de l’Examen périodique universel (EPU). Jamila Loukil a refusé de partir seule, préférant ne pas laisser son époux seul aux mains des services de sécurité.
En ce qui concerne les accusations pour « terrorisme », le procès de Jamila Loukil et Kaddour Chouicha a été programmé pour le 15 juin 2023, mais a été reporté à plusieurs reprises. Le 3 décembre 2023, ils ont été acquitté par le tribunal de Dar El Beida.
Le 15 juin 2023, plusieurs titulaires de mandats au titre des procédures spéciales ont exprimé de vives inquiétudes « quant aux informations reçues selon lesquelles le système judiciaire et ses procédures semblent être utilisés dans cette affaire en tant que forme d’intimidation et de harcèlement à l’encontre d’un défenseur des droits de l’homme et d’une journaliste, reconnus pour leur travail dans le domaine des droits humains en Algérie. ».
Les expert-es de l’ONU se sont inquiété-es de l’utilisation de certaines dispositions pénales visant à lutter contre le terrorisme, en particulier l’article 87 bis du Code pénal algérien, à l’encontre des défenseurs des droits humains.
Il convient de rappeler que cette disposition, qui inclut dans la catégorie d’acte terroriste une large variété d’infractions, entre en collision avec le principe de sécurité juridique, porte atteinte aux droits de réunion pacifique et à la liberté d’expression, et impose des sanctions disproportionnées à des actes qui ne devraient pas être traités par des législations antiterroristes.
Le 26 février 2025, la Cour d’appel a suivi la décision du tribunal de première instance acquittant Chouicha et les autres co-accusés.