Le 30 juillet 2018, un référendum concernant le projet de révision constitutionnelle permettant notamment au président actuel, M. Azali Assoumani, d’effectuer deux mandats de cinq ans consécutifs, et non plus un seul, avait été approuvé à plus de 92%. Durant la période ayant précédé la tenue du référendum du 30 juillet 2018, M. Tourqui avait fait partie des figures publiques qui s’étaient ouvertement opposées au projet de réforme constitutionnelle. Toutefois, la campagne référendaire ayant précédé le vote s’était déroulée dans un climat de tension et d’intimidation contre l’opposition. Quelques jours avant le référendum, le ministre de l’Intérieur, Mohamed Daoudou, avait annoncé dans le cadre d’un meeting en faveur de la révision constitutionnelle que les responsables de l’opposition seraient « traqués ».
Le 9 août 2018, M. Tourqui était arrêté à son domicile aux alentours de 17h par des gendarmes en uniforme. Ces derniers ont procédé dans le cadre d’une procédure de « flagrance » qui ne prévoit pas la présentation d’un mandat d’arrestation ou de perquisition. Les gendarmes ont ensuite procédé à la perquisition de son domicile et ont saisi plusieurs de ses biens dont un ordinateur et une clé USB. La gendarmerie avait procédé à sept autres arrestations de personnalités de l’opposition aux profils variés dans le même temps.
L’arrestation de M. Tourqui s’inscrit dans le cadre d’une campagne d’arrestation visant les membres de l’opposition. En effet, selon ces derniers, ces arrestations sont directement liées au référendum du 30 juillet 2018. Afin de justifier le placement en garde à vue des personnes interpellées, le procureur de la république a déclaré que ces derniers avaient agi dans le cadre d’une « entreprise organisée pour tuer, assassiner certaines autorités de l’Etat afin de pouvoir s’accaparer le pouvoir », sans toutefois apporter de preuves matérielles à l’appui de ces accusations.
Suite à son arrestation, M. Tourqui a été conduit au siège de la gendarmerie où il a été maintenu en garde à vue jusqu’au 14 août 2018. Ce n’est que cinq jours après le début de sa détention qu’il a été présenté devant le procureur et inculpé des chefs d’inculpations prévus au titre de la section 3 du Code pénal comorien relatif aux « attentats, complots et autres infractions contre l’autorité de l’Etat et l’intégrité du territoire national et des crimes tendant à troubler l’Etat », à savoir les articles 71, 72, 80 et 81 du Code pénal comorien. Il a été présenté le même jour devant le juge d’instruction qui a ordonné son placement en détention provisoire à la prison de Moroni. Il n’a pu bénéficier de l’assistance d’un avocat qu’après son placement en détention provisoire.
Le 15 décembre 2018, la Cour de sûreté de l’Etat l’a condamné à la réclusion à perpétuité au terme d’un procès expéditif d’une durée de deux jours. Lors du procès, le parquet a présenté comme pièce à conviction des banderoles hostiles au projet de révision constitutionnelle, dont M. Tourqui aurait été l’auteur et dont l’une de ces banderoles appelait l’armée à garantir la « légalité républicaine ».
C’est à la lumière de ces faits que MENA Rights Group a déposé une demande d’Avis au Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire le 25 juillet 2019 soulignant les nombreuses irrégularités procédurales, le caractère exceptionnel de la Cour de sûreté de l’Etat ainsi que le fait que les faits reprochés à M. Tourqui étaient directement liés à l’exercice de son droit à la liberté d’expression. MENA Rights Group a demandé aux experts onusiens de qualifier la détention de M. Tourqui d’arbitraire et d’intervenir auprès des autorités comoriennes aux fins d’obtenir sa libération.
M. Tourqui a été libéré le 10 août 2019 suite à la promulgation du décret présidentiel n°19-094/PR portant grâce présidentielle. Toutefois, MENA Rights Group a requis du GTDA qu’il adopte un Avis concernant le caractère arbitraire de sa détention entre le 9 août 2018 et le 10 août 2019 et d’intervenir auprès des autorités comoriennes aux fins d’obtenir la réparation des préjudices qu’il a subis du fait de cette détention arbitraire. De même, la requête souligne la nécessité pour les autorités d’abolir la Cour de la sûreté de l’État au titre des garanties de non-répétition des violations subies par M. Tourqui.
En septembre 2021, le Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire (GTDA) a émis un Avis considérant la privation de liberté de M. Tourqui comme arbitraire. Même s’il a été amnistié en vertu d’un décret présidentiel en 2019, le Groupe de travail a estimé que la Cour de sûreté de l’État ne répondait pas aux normes d’indépendance et d’impartialité énoncées dans le droit international des droits de l’homme et devait donc être abolie, tout en rappelant que les affaires de sécurité nationale devaient être jugées par des tribunaux pénaux ordinaires.