Yassine Chabli, un ressortissant marocain âgé de 28 ans originaire de Ben Guerir, est décédé le 6 octobre 2022 alors qu’il était en garde à vue dans des circonstances laissant supposer qu’il a été victime de torture et de mauvais traitements. Technicien de maintenance industrielle de formation et pratiquant d’arts martiaux, il a été arrêté le 5 octobre 2022 par deux policiers alors qu’il était assis dans un parc public.
Pendant sa garde à vue au poste de police de Ben Guerir, Chabli aurait été victime de violences physiques prolongées, notamment menotté dans des positions douloureuses, frappé à plusieurs reprises et privé de soins médicaux adéquats malgré des signes visibles de détresse. Les images de vidéosurveillance visionnées lors d’audiences à huis clos ont révélé des actes de violence délibérés, notamment des coups portés alors qu’il était immobilisé.
Bien que les autorités aient pris certaines mesures pour enquêter sur la mort de Yassine Chabli et aient engagé des poursuites contre quatre policiers, l’enquête et les procédures qui ont suivi n’ont pas respecté les normes internationales. En particulier, les actes commis n’ont pas été qualifiés de torture, et les policiers impliqués n’ont pas été poursuivis et jugés en conséquence.
Entre 2023 et 2025, les quatre policiers soupçonnés d’être impliqués dans la mort de Yassine Chabli ont été jugés devant les chambres correctionnelles à Marrakech et Ben Guerir, alors que les tribunaux de première instance s’étaient auparavant déclarés incompétents au motif que les faits reprochés auraient dû être qualifiés de torture, ce qui relève de la compétence des chambres criminelles. Trois des quatre policiers ont été reconnus coupables et condamnés à des peines de prison.
Après avoir appris son décès le 6 octobre 2022, la famille de Yassine Chabli s’est activement mobilisée pour obtenir des réponses et demander des comptes. Elle a déposé une plainte pour meurtre, mené des actions de sensibilisation et organisé plusieurs manifestations. La famille déplore vivement que l’accusation de torture ait été écartée et exige davantage de transparence de la part des autorités. Elle a notamment demandé à plusieurs reprises, sans succès, la divulgation des enregistrements vidéo réalisés pendant la détention de Yassine Chabli.
En réponse à leurs revendications, les autorités ont pris un certain nombre de mesures pour tenter de les dissuader. Le 6 décembre 2022, ils ont été convoqués par la police judiciaire à Marrakech et accusés d’avoir insulté des fonctionnaires, tenté d’influencer des décisions judiciaires, organisé des manifestations non autorisées et troublé l’ordre public.
Le 10 octobre 2024, ils ont été reconnus coupables et condamnés à des peines d’emprisonnement avec sursis allant de un à quatre mois, en plus d’amendes à payer aux policiers plaignants.
Plus récemment, le 27 juin 2025, Said et Ayman Chabli ont tous deux été arrêtés. La veille, ils avaient participé à un sit-in devant le tribunal de Marrakech à l’occasion du procès en appel de trois des quatre policiers impliqués dans la mort de Yassine Chabli, qui coïncidait avec la Journée internationale de soutien aux victimes de la torture. Ils avaient également installé un campement de fortune devant le tribunal de première instance de Ben Guerir pour exiger la divulgation complète des circonstances entourant la mort de leur frère au cours des 65 jours qui ont précédé leur arrestation.
Le 14 juillet 2025, le tribunal de première instance de Ben Guerir a condamné Said et Ayman Chabli à trois mois de prison. Ils ont tous deux été reconnus coupables d’« outrage à fonctionnaires ». Dans le cas d’Aymen, il a été reconnu coupable d’« insulte à la religion islamique ». Le jugement a été confirmé en appel le 2 octobre 2025.
De telles procédures soulèvent de graves préoccupations quant à l’utilisation abusive du système judiciaire pour intimider et réduire au silence les familles des victimes et décourager les demandes de responsabilité dans les affaires impliquant des allégations d’abus commis par la police.
Said et Ayman Chabli ont été libérés le 27 septembre 2025.
Quelles mesures ont été prises par MRG et l’AMDH ?
Le 2 juillet 2025, l’Association marocaine des droits humains et MENA Rights Group ont adressé une communication aux procédures spéciales, les exhortant à demander aux autorités marocaines de garantir une transparence totale concernant le décès en détention de Yassine Chabli et de s’abstenir d’entraver les proches de ce dernier lorsqu’ils organisent des rassemblements spontanés pour faire valoir leur droit à la vérité et à la justice.